Au premier abord, Nozay semble peu se différencier des autres villes de Bretagne. Et si son histoire se confond avec celle de la Bretagne tout entière, en revanche, on ne peut pas ignorer ses particularités : l’originalité certaine de ses vieux édifices, la singularité de ses clôtures, le nombre impressionnant de calvaires élevés aux carrefours des chemins et au bord des routes.

Et l’on recherchera ailleurs, mais en vain, semblable matériau utilisé à des fins utilitaires, ornementales ou votives....

Bleue ou verte, selon le regard ou le temps, pierre « à tout faire », la pierre de Nozay marque de son empreinte austère et mélancolique le paysage de Nozay. Et sans le savoir, le nom de certains villages évoque toujours la richesse de leurs sous-sols; car si aujourd’hui les carriers sont rares et les carrières abandonnées, l’extraction et le travail de ce schiste ardoisier furent sans conteste la plus grande industrie de Nozay, la plus ancienne aussi.

En effet, dès le II ème siècle, les exploitations de pierre sont en pleine activité. Les Romains l’utilisèrent abondamment, notamment pour la construction des voies de communication. Du règne de Saint-Louis (1226) à celui d’Henri IV (1589), l’extraction de la pierre bleue connaît une époque florissante.

La ferme de la Grande Villate, jadis demeure d’un gentilhomme du pays, date du XIII ème siècle. Elle est semble-t-il, le plus ancien monument qui porte la trace du travail de la taille dans l’emploi de la pierre de Nozay : meneau en pierre, orné de moulures faites au ciseau.

En effet, sous les règnes des ducs de Bretagne, rarement la France et la Bretagne éprouvèrent un tel sentiment de sécurité et de bien-être. Il n’est pas à cette époque de gentilhomme qui n’éprouvèrent le besoin de reconstruire sa demeure.

Toutes les maisons qui s’édifièrent alors, sont construites sur le même modèle, comme en témoignent les petits manoirs de l’Aurière, de Coisbrac, des Grées, du Maire, de Rosabonnet, les hôtels de la Motte, du Fresche...

Généralement simples et austères, construites en pierre de Nozay comme leur escalier à vis, les plus belles pierres bleues sont réservées à l’ornement principal, la cheminée, dont elles forment le linteau, parfois sculpté d’un blason ou d’une image pieuse, mais aussi à l’encadrement des portes et fenêtres.

Le XVI ème siècle est son âge d’or. Nozay avait alors pour Seigneur Jean de Laval, baron de Châteaubriant.

Si Nozay se souvient de Jean de Laval, ce n’est pas seulement parce qu’il fut son Seigneur, ou l’une des plus grosses fortunes de France, ou encore un époux éconduit; Si Nozay se souvient, c’est peut-être aussi parce qu’il fit beaucoup d’honneur à la pierre bleue lorsque, de retour des guerres d’Italie et résolu à se faire construire un château dans le goût de la Renaissance Italienne, il demanda à ce qu’elle fût utilisée. Sans doute avait-il remarqué la beauté de ces pierres lors de ses nombreux séjours au château de la Ville-au-Chef.

Les marches du grand escalier du château de Châteaubriant, conduisant au balcon d’honneur, sont en pierre de Nozay, mais aussi les colonnes et pilastres des arcades formant la galerie ceignant la cour du château. Et c’est là chose extraordinaire, Jean de Laval obtint de ses architectes et artistes que, pour la première fois, la pierre de Nozay fût tournée. Le cas est unique. La pierre de Nozay est à son apogée, son déclin s’amorce.

Dès lors, seuls les matériaux de constructions sont tirés des carrières, la pierre cessa d’être travaillée avec soin, les ornements sont de pierres blanches.

L’exploitation des carrières subit une éclipse et la pierre dut attendre deux grands siècles pour retrouver la faveur dont elle avait si longtemps joui. En effet, il faudra pratiquement attendre la fin du XIX ème siècle pour que l’activité des carrières reprenne. Alors que sous Napoléon III, la ville de Nozay se rebâtissait, alors que les carrières étaient à la veille de renaître à la vie, les habitants et la municipalité lui préférèrent tuffeaux et pierres blanches pour l’ornementation des portes et des fenêtres (exemple la mairie).

Au début du XX ème siècle, avant la guerre de 1914-1918, les carrières de schiste employaient environ 300 personnes, réparties sur 5 ou 6 chantiers. La Compagnie des Chemins de Fer de l’Ouest l’utilisa pour la construction des ponts et maisonnettes que nécessita l’ouverture de la ligne Saint-Nazaire / Châteaubriant.

Sur les bords des chemins et dans les cimetières, nombreuses furent les croix élevées par une dévotion particulière ou paroissiale.

La reconstruction du vignoble nantais, détruit par le phylloxéra, nécessita même l’ouverture de nouvelles carrières dans les landes désertes de Marsac sur Don.

Mais déjà dans les années 30, avec l’apparition du béton, la production décline; toutefois, il y avait encore du travail : « les auges étaient expédiées par wagon entier depuis la gare de Nozay ». Pendant la guerre 1939-1945, faute de ciment, le schiste revint en force dans la construction, des gisements abandonnés furent rouverts.

Dans les années 60, le secteur du bâtiment est en pleine crise, de moins en moins d’ouvriers travaillent dans les carrières. Restent les ostréiculteurs et les viticulteurs. Mais le progrès et le mauvais sort font que là aussi les débouchés se réduisent à une peau de chagrin. Le remplacement des huîtres bretonnes malades par une variété importée du Japon, plus productive et nécessitant des installations moins importantes, la mécanisation des vendanges, ont porté un coup de grâce aux collecteurs huîtres et piquets de vigne en pierre bleue. Et les carrières, une à une, se sont arrêtées.

Aujourd’hui, à Nozay, il ne reste plus qu’une entreprise de taille de pierre au lieu dit de Coisbrac. Seul il continue à manier le « têtu et le ciseau » afin de façonner des appliques de fenêtres, de restaurer quelques maisons, d’orner de pierres bleues le jardin des plantes de Nantes, en attendant le retour d’un engouement pour ces belles pierres dont on faisait les maisons faites pour durer, faites pour se rire du temps et des intempéries.